Instants choisis du parcours d’un Français de Côte d’Ivoire : Jean-Louis LEGRAS

JPEG
Né à Abidjan le 19 juillet 1954, je suis un Ebrié blanc contrairement à ma sœur Bété, née à Gagnoa sept ans plus tôt.

Attiré par les jeux de mes petits copains ivoiriens, je devins vite un expert du lance-pierre pour chasser avec eux les chauves-souris qui occupaient les majestueux arbres du Plateau.

Après quelques années à l’école St Paul, je rejoignis le tout nouveau collège Jean Mermoz, situé alors « au milieu de nul part », à l’extrémité d’une piste à peine utilisable en saison des pluies.

C’était le début des années soixante où, sous l’impulsion du Président HOUPHOUET BOIGNY, la Côte d’Ivoire prenait son envol.

Quel terrain de jeux magnifique pour un gamin de 8 ans avec le chantier de la tour de l’Hôtel Ivoire, le bowling, la patinoire, la piscine « L’Aquarium », le cinéma « Rex » en plein air et cette magnifique lagune, bordée de plages de sable d’un blanc éclatant où se prélassaient des crocodiles.

Je pense aussi à ces moments magiques mais trop rares où j’accompagnais mon père, forestier, dans les forêts du grand ouest pour assister à l’abattage à la hache d’un géant de bois…

Ce père, si sévère et rigoureux, qui m’envoya à 13 ans en France par crainte de voir son fils négliger ses études et se laisser distraire par tous les attraits de ce beau pays !

Quel choc de devoir abandonner mes amis et « mon » paradis pour une France quasi inconnue et un pensionnat des pères maristes froid et austère !

Une dizaine d’années plus tard, j’ai eu la chance de pouvoir revenir en Côte d’Ivoire, avec mon diplôme d’Ingénieur Arts et Métiers. Je devins alors volontaire du service national en tant que professeur en énergétique du tout nouveau Institut National Supérieur d’Enseignement Technique, installée alors à Cocody.

A ma « démobilisation », un ancien et grand « Monsieur » me donna ma chance dans son cabinet : le cabinet GERENTHON. J’y ai exercé les fonctions d’expert en risques industriels de 1980 à 1982, sillonnant la Côte d’Ivoire pour évaluer les risques et chiffrer les sinistres des industries naissantes (sucreries, scieries…). Je découvris ainsi les beautés de l’intérieur du pays et la gentillesse des populations.

Vint ensuite la grande aventure avec COCITAM et SATAM, alors propriétés de la Cie Générale des Eaux, et la découverte d’une imposante multinationale. D’abord directeur technique, je devins par la suite directeur général de COCITAM (spécialisée dans la vente, l’installation et la maintenance d’équipements pétroliers et industriels) puis directeur Afrique, basé à Abidjan, pour les filiales de cette prestigieuse compagnie. Des années de voyage dans toute l’Afrique s’en sont suivies, avec des absences pesantes pour ma famille, mais ô combien enrichissantes.

Je me souviens avec quel soulagement je revenais à Abidjan, après des séjours mouvementés dans de nombreux pays du continent. En Côte d’Ivoire, le téléphone, l’électricité, l’eau… fonctionnaient !

Quelle fierté je ressentais de faire partie de cette Côte d’Ivoire alors… pré-émergente.

Quelle fierté aussi d’être binational et d’être imprégné de ces deux cultures si différentes mais aussi tellement complémentaires.

C’est à cette époque que je ressentis la nécessité de m’engager, parallèlement à mes obligations professionnelles, dans le milieu associatif afin de participer à mon modeste niveau au développement du pays.

Ce fut d’abord les traditionnels clubs service puis une implication plus personnelle dans des associations sportives ou des institutions d’aide à l’enfance, comme le Village SOS d’Abobo ou l’Orphelinat de Bingerville.

Mais en 1996, la vente des filiales africaines de la Compagnie Générale des Eaux à la société américaine TOKHEIM bouleversa ma vie professionnelle. Très attaché à ce pays, je refusais un poste à Paris et à New York. Après plus de deux ans d’âpres discussions, TOKHEIM accepta de nous céder COCITAM dont je pris le contrôle avec mon associé et ami de toujours, feu Jean Régis RESSAIRE.

Ce fut un endettement important et un investissement risqué sur plusieurs années d’autant plus lourd qu’en décembre 1999, soit quelques mois après la signature de ces accords de cession, la Côte d’Ivoire connaissait son premier coup d’état.

Ce fut alors le début d’une longue période d’instabilité, de coups durs avec les pillages de nos agences de l’intérieur en 2004, de frayeurs parfois et surtout d’incompréhension devant cette Côte d’Ivoire qui se déchirait…

Malgré cette situation difficile, toujours confiants dans l’avenir du pays, nous décidions en 2003 de racheter la société POLY POMPES IVOIRE (Pompes, irrigation et flexibles hydrauliques) puis en 2007 la société INTELEC PROTECTION (Protection incendie et contrôle d’accès).

Avec un effectif global de plus de 300 personnes, notre volonté était et demeure de faire de ces PME des sociétés citoyennes, respectueuses de leurs obligations sociales, fiscales et environnementales.

Ce fut également l’occasion de m’impliquer plus activement dans la vie économique des sociétés franco-ivoiriennes et d’œuvrer au resserrement des liens économiques et fraternels entre la Côte d’Ivoire et la France.

J’ai ainsi travaillé pendant de nombreuses années au côté du Président Michel TIZON, fondateur de la Chambre de Commerce et d’Industrie France Côte d’Ivoire, qui m’a initié à cette institution avant d’en prendre moi-même la direction en 2013.

Fait Chevalier de l’Ordre du Mérite Ivoirien, le Président de la République me nomma en 2014 conseiller économique et social. Ce fut pour moi un honneur mais aussi une nouvelle façon de participer plus activement encore à la vie socio-économique du pays.

Mais après toutes ces années bien remplies, ma plus grande fierté reste ma famille avec ma fille, mes deux fils et surtout mes cinq adorables petites filles qui, je l’espère, poursuivront… la route tracée par leur grand-père dans ce si beau pays.

publié le 20/07/2018

haut de la page