Ivoiriennes engagées : Sonia Touré, des bibliothèques pour transmettre les savoirs.

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« Nous, les femmes, nous devons nous engager pour nos enfants en Afrique, car c’est l’éducation qui leur permettra d’avancer. »

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Dresser le portrait de Sonia Toure, présidente de l’Association Des Livres Pour Tous – Côte d’Ivoire, en femme ivoirienne engagée, c’est avant tout faire le récit d’une double adoption.

Avide de connaître le monde dès son plus jeune âge, Sonia Toure, née à São Paulo au Brésil, ne choisit pas le journalisme par hasard. Poussée par une soif de connaissances, elle cherche à découvrir le monde.

Plus particulièrement intéressée par l’Afrique, dont elle estime le destin intrinsèquement lié à celui de son pays et ses origines, elle fréquente assidûment la Maison de la Culture Afro-brésilienne durant ses années d’université, avant de visiter en 2002 la Côte d’Ivoire aux côtés d’un ami ivoirien.

En dépit d’un contexte politique mouvementé, elle y découvre une Afrique en marche vers le progrès et le développement, qui la convainc deux ans plus tard de s’y installer aux côtés de son ami, devenu son mari.

Ivoirienne d’adoption, elle fait peu à peu sienne la culture de ce pays et de ce peuple qui continuent à la fasciner. En 2008, lors d’une séance de dédicace de la bande dessinée Aya de Yopougon, écrite par Marguerite Abouët, les deux femmes se rencontrent.

Toutes deux convaincues de l’importance primordiale du livre et de la lecture dans l’éducation des enfants, Marguerite Abouët et Sonia Toure tissent une amitié durable autour d’un projet innovant en Côte d’Ivoire : ouvrir les portes des bibliothèques et faciliter l’accès au livre pour les jeunes des quartiers populaires d’Abidjan.

Un an après la création de l’association Des Livres Pour Tous de Marguerite Abouët en France, l’association Des Livres Pour Tous – Côte d’Ivoire voit le jour. Sur invitation de la Mairie, l’association ouvre sa première bibliothèque le 28 octobre 2009 au cœur du marché bouillonnant d’Adjamé.

Petit à petit, au travers d’ateliers de lecture, de théâtre, de chant, de séances de soutien scolaire et d’événements culturels variés, la bibliothèque d’Adjamé attire petits et grands et inspire une démarche similaire à la mairie de Treichville, qui ouvre les portes de sa bibliothèque le 9 avril 2014. Quelques années après, en mars 2017, la troisième bibliothèque est implantée dans la commune d’Irobo, située à 100 km d’Abidjan.

Alors que la crise post-électorale de 2010-2011 attise les divisions intercommunautaires, l’association se distingue par son ouverture à tous les publics. Probablement pour cette raison, le lieu est préservé des pillages, malgré sa position géographique sensible à Adjamé.

Consciente du défi que constitue l’accès à la lecture dans un pays où la culture orale demeure prédominante, Sonia Toure multiplie les actions « hors les murs » afin d’aller à la rencontre de publics différents. Dans les écoles, son association organise, à travers le projet Bibliothèques en mouvement, des ateliers de lecture pour encourager les enfants à se rendre à la bibliothèque. Dans les villages, les membres de la bibliothèque recueillent les contes auprès des anciens issus de toutes les régions de la Côte d’Ivoire afin de les enregistrer, en partenariat avec l’association Making Waves, et de les diffuser sur les radios et réseaux sociaux dans le cadre du projet « Afrique en conte » cofinancé par l’AFD et l’Institut Français.

Reconnue d’utilité publique, notamment par le service de coopération et d’action culturelle de l’Ambassade de France qui lui a décerné le prix « Diplomatie Solidaire » en 2019, l’association poursuit son chemin.

Après Adjamé, Treichville et Irobo, trois nouvelles communes pourraient bientôt accueillir ses bibliothèques.

publié le 01/09/2021

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