Ivoiriennes engagées : Aminata Bamba, le slam pour faire entendre la voix des femmes.

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« Celui qui a la parole, c’est celui qui a le pouvoir. Quand j’ai le micro, on est obligé de m’écouter. Si je fais cela, c’est parce que je pense que les femmes ne sont pas écoutées. Et quand elles sont écoutées, elles ne sont pas comprises. Il y a plusieurs niveaux dans ce combat et c’est ce que j’essaie de faire comprendre. »

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A l’instar de la tenue noire et blanche qu’elle porte le jour de notre entretien, la slameuse Aminata Bamba, dite Amee, est un être de contraste. Fruit d’une rencontre entre un père musulman du nord-est de la Côte d’Ivoire et d’une mère chrétienne de Dabou, Amee a vu le jour au centre du pays, à Bouaké.

Aînée d’une fratrie de cinq enfants, elle reçoit de ses parents une éducation oscillant sans cesse entre tradition et progrès. Si son père lui rappelle très jeune l’apprentissage des tâches indispensables à la tenue du foyer, il n’hésite pas à briser les stéréotypes de genre en lui offrant à deux ans une voiture télécommandée. Alors que sa mère lui confie régulièrement son aspiration à voir ses filles mariées, elle encourage également sa fille à faire les études qu’elle-même a dû abandonner.

Frappée par la musique des vers de Rimbaud dans "Le Dormeur du val", elle comprend à 14 ans que la beauté peut jaillir du réel le plus brutal. Que la poésie peut dévoiler sans mettre à nu. A la recherche d’un mode d’expression préservant la pudeur héritée de sa famille, elle s’essaie alors à l’écriture, puis à la musique.

Après une incursion dans le domaine de la chanson, récompensée notamment par le prix de RnB 3 R Révélations en 2009, elle participe en 2010 à un atelier d’écriture animé par le chanteur Kajeem sous l’égide du Goethe Institute. Invitée à aborder le thème du cinquantenaire des indépendances, Amee se distingue par un regard singulier, à travers un parallèle entre dépendance de la femme ivoirienne et indépendance du pays.

A la frontière de la poésie et de la musique, des scènes de vie et du manifeste, le slam s’impose à elle comme une évidence. Au-delà de « mettre des maux sur les mots », il lui permet d’interpeller la société sur ses travers, et plus particulièrement sur les violences visibles et invisibles qu’elle inflige encore aux femmes.

Ainsi, première femme à investir la scène slam en Côte d’Ivoire, Amee imprime sa marque de fabrique à cette discipline et concourt à la promotion du slam ivoirien dans le pays et à l’international par le biais de la création du Collectif Au nom du slam en 2014.

En 2019, après avoir cumulé pendant près de dix ans un double emploi sur scène et dans l’audiovisuel, Amee décide de se consacrer entièrement à son art et à la défense des valeurs qu’il véhicule. Outre la diffusion de textes engagés, tels que Confessions utérines en 2020, Amee anime des ateliers d’écriture et de slam en direction des jeunes et fait des apparitions dans des productions à visée éducative tels que la série Oranges sucrées, sur la question des violences basées sur le genre, ou encore la série MTV Shuga Babi, sur le thème du VIH.

Son engagement est salué par de nombreux prix : 3e prix collectif d’excellence de la République de Côte d’Ivoire catégorie arts vivants en 2018 ; prix CEDEAO en 2020 ; prix de la meilleure slameuse engagée contre les violences faites aux femmes par les ONG CPDEFM, Engenderhealth et Care Côte d’Ivoire, et prix du parcours inspirant du leadership au féminin par Fox Communication.

Pour autant, se considérant toujours comme une « artiste en développement », Amee n’entend pas s’arrêter là et continue de nourrir deux ambitions : poursuivre ses études de droit par un doctorat pour espérer combler les lacunes du statut juridique des artistes en Côte d’Ivoire et ouvrir un centre de soutien aux jeunes femmes et jeunes filles en difficulté.

publié le 17/06/2021

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