Instants choisis du parcours d’une Française de Côte d’Ivoire : Kaïdin LE HOUELLEUR

Mme Kaidin LE HOUELLEUR - JPEG

ARRIVEE EN CÔTE D’IVOIRE

D’une famille de voyageurs (Eurasienne, née au Vietnam, études en France), j’ai découvert l’Afrique au Tchad avec mon père. Enthousiasmée par ces contrées proches du désert, je l’accompagnais dans tous ses déplacements.

Ce fut toute jeune mariée à Hubert le Houelleur, directeur de UNILEVER, que je foulais le sol de la Côte d’Ivoire en 1978.

Passionnée d’art, j’ai créé « la Galerie MITKAL » avec Mme Christiane Houphouët-Boigny, belle-fille du Président Houphouët-Boigny, et je me lançais dans la création et la sculpture. La première commande fut celle d’un architecte en 1979 pour une oeuvre de 7 mètres en acier : « CALLIGRAPHIE » pour l’Immeuble SCIAM au Plateau.

J’ai choisi d’aborder ces instants choisis du parcours d’une Française de Côte d’Ivoire par deux prismes originaux : les enseignes et « le Land Art ».

LES ENSEIGNES

Imprégnée de lectures sur les cultures de différents pays et ethnies, par les pistes sahéliennes, ayant visité des lieux mythiques en pays Dogon comme les falaises de Bandiagara, captivée par l’Afrique profonde, l’urbanité d’Abidjan fut la découverte d’une autre Afrique .

L’enseigne en Côte d’Ivoire fut un moyen de communication populaire très prisé.

Mode de communication qui, devant les échoppes, témoigne du génie des « petits métiers, mais aussi de la parole , du vocabulaire très imagé pour faire valoir la qualité du produit ! Dans les quartiers, avec un certain humour, elle comporte la phrase qui accroche dans cette forme d’art !

L’ensemble en fait une véritable œuvre d’art, évoluant petit à petit. Proverbe, phrases sentencieuses pour commenter un lieu ou une boisson.

Conquise par cet « art de la rue », j’ai entrepris avec le photographe Uwe Ommer de sillonner les petites villes aussi de la Côte d’Ivoire, à l’affût de l’enseigne !

Un premier diaporama fut présenté en 1988 au Centre Georges Pompidou dans une des expositions que j’ai organisée : « la Côte d’Ivoire au quotidien ». Depuis, nous n’avons eu qu’une idée… parvenir à réaliser un livre.

Dans l’intervalle, j’ai commencé à collectionner des enseignes, trouvant parfois dans l’endroit le plus inattendu la pièce rare… telle « la bâche de médecines » de 6 mètres de long sous un pont à Bouaké. Celle-ci vantait les « médecines locales » qui étaient censées soigner les maladies peintes sur la bâche !

Dans une petite ville de l’intérieur, une autre enseigne, peinte sur un mur, et mettant en valeur un tailleur avec cette phrase « Les jalouses vont maigrir !!! »avec le dessin d’une superbe silhouette d’une femme habillée d’un beau pagne…. Encore, celle-ci : « Au Bar de la Providence, la bière est providentielle » !

Le livre fut enfin réalisé et sur les conseils du président du Musée du Quai Branly, Monsieur Stéphane Martin, celui-ci fut signé le 24 Juin 2017 à la Librairie du Musée.
Belle récompense de nos efforts…

« Le LAND ART »

Bien que parfaitement autodidacte en sculpture et passionnée par cette forme d’art que je pratiquais très souvent « en taille directe », c’est-à-dire sans faire de croquis ou esquisse d’un modèle , à part les commandes de monument, j’ai été complètement aspirée par le désir de créer avec la nature dans la nature !

Très certainement mes voyages à travers déserts, le Sahel, forêts ont participé à ce désir de créations « nomades ».

Inspirée par la nature, branche, écorce, caillou, herbe, sable…. tout participait à la création !

L’œuvre ne pouvait être connue une fois créée que grâce à la photo, jamais d’études avant le dessin et le croquis, me rapprochant en cela de la création des sculptures en taille directe. Dans la forêt de Taï, une liane tordue jaillissant de la fourche de deux gros troncs, évoquant le « cordon ombilical », la naissance … fut ainsi une de mes œuvres dans mon livre : « Forêts secrètes – Secrets d’eau ». Celui-ci présente mes créations lors de mes parcours en forêt de Tai, les montagnes de Man, le lac sacré de Manari…

Œuvres éphémères mais qui ne peuvent s’oublier, comme le dit un grand amateur d’art, admirateur de cette manière de créer.

Dans le parcours de créations d’Abidjan à Tombouctou que j’ai eu la chance de faire, ces paysages du Sahel, du désert, s’étendant à l’infini, provoquaient parfois des créations dans l’infiniment petit… avec des « traces » dans le sable et des morceaux de porterie ou encore, le reflet d’une plaque de sel de Taoudeni dans le Niger en état de flottaison.

L’œil, l’esprit aux aguets, captent ainsi en quelques secondes les éléments nécessaires à la création ! « L’art Nomade » se nourrit de la surprise et de la découverte.


En tant que créatrice, j’ai eu le désir de fonder ce lieu culturel si particulier qu’est « La Villa Kaïdin », afin d’y promouvoir l’art, d’apporter ma contribution à la promotion d’artistes ivoiriens et de toutes les autres nationalités.

Au travers de ces rencontres et de ces échanges, souvent uniques et singulières, je participe modestement au développement de la Culture en Côte d’Ivoire, dans un pays qui continue à m’inspirer et où je parviens à m’exprimer artistiquement.

Kaïdin Monique le Houelleur, artiste nomade

Pour en savoir plus sur la Villa Kaidin, et sa dernière actualité en lien avec le consulat, c’est ici.

publié le 09/01/2019

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